Interview de Sylvie Delattre

Intervenante en Evaluation ESSMS

1/ Avant de parler de ton intervention, peux-tu nous présenter ton parcours et ce qui t’a amenée à t’investir autour de la Communication Alternative et Améliorée ?

Mon expérience d’Assistante de service social m’a permis de prendre conscience de l’importance de la posture empathique pour accueillir la parole de l’Autre comme défini par Carl Rogers : « La capacité à se mettre à la place de l’autre, à percevoir le monde intérieur de l’individu comme s’il s’agissait du sien propre, sans jamais perdre de vue le « comme si ». ».

Une nécessité de développer une capacité à se mettre à la place d’une autre personne et à éprouver ce qu’elle ressent.

Les approches en lien avec l’empowerment et l’autodétermination, conduisent les accompagnants à travailler avec les personnes accompagnées des outils facilitant l’expression individualisée.

2/ Aujourd’hui, la CAA est de plus en plus présente dans les recommandations et les pratiques des ESSMS : pourquoi est-il devenu essentiel de repenser notre manière de communiquer avec les personnes accompagnées ?

Les recommandations de bonnes pratiques constituent un cadre de référence, ce ne sont pas des normes. Elles se construisent avec des institutions, des chercheurs et des professionnels du champ médico-social, et sont donc le reflet des pratiques impulsées, expérimentées par des accompagnants et des personnes accompagnées puis structurées.

Les RBPP permettent de mettre en évidence les pratiques innovantes des professionnels. La communication alternative et améliorée est le premier outil pour entrer dans une relation sociale, en acceptant la personne telle qu’elle communique, de partager son univers et adapter l’accompagnement en l’individualisant.

Nous parlons de la co-construction personnalisée.

Sylvie DELATTRE

Intervenante en Evaluation ESSMS

« La capacité à se mettre à la place de l’autre, à percevoir le monde intérieur de l’individu comme s’il s’agissait du sien propre, sans jamais perdre de vue le « comme si ».« 

3/ Beaucoup de professionnels pensent encore que la CAA se limite à des outils ou des pictogrammes : qu’est-ce que cette approche change réellement dans la relation d’accompagnement et dans les pratiques du quotidien ?

Il est vrai que la CAA est souvent assimilée à des pictogrammes, des tailles de caractères des écrits, des audios. Il y a parfois confusion entre l’accessibilité et la communication alternative et améliorée.  Les pratiques sont également influencées par l’émergence de logiciels, d’outils informatiques.

Or la CAA est un outil individualisé, comme une prothèse. Elle se construit à partir de la personne, de ses potentialités, de son entourage et va se composer d’expression corporelle, de pictogrammes, d’audio, nécessitera peut-être des objets.

La CAA est le « sur mesure » de la communication, et ne doit pas être un prêt à porter. La plus-value que la CAA apporte est la meilleure compréhension du vécu de la personne, va limiter les expressions par la violence ou le mutisme.

4/ À travers ton intervention, qu’aimerais-tu que les participants retiennent ou questionnent dans leur propre posture professionnelle vis-à-vis de la communication des personnes accompagnées ?

L’idée force que je souhaite défendre est que la CAA n’est pas une contrainte supplémentaire, c’est un outil contribuant à la co-construction du projet et l’accompagnement vers l’autodétermination.